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Le tunnel
Sombre était le tunnel où les compères sans compas ni boussole s'étaient engagés en rang, pan dans le mille.
" En restant au centre on ne risque pas de trop se perdre sur les bords " avait préconisé Marius, habitué à jouer milieu démêlé… " Le mieux c'est en corps la fille indienne " avait simplement lâché Arthur en s'agrippant au nœud de l'accord des lettres, " Ouaaahh, c'est sale ! Mais on reste on s'en fout ! Tous s'enfilent l'indienne ! " avait ajouté Riton. Arthur s'était demandé, à cet instant, si cette cavale n'allait pas se finir en eau de boudin quand la réponse lui fut apportée par un déversement dégoûtant du plafond. " C'est la douche écossaise, ronchonna Riton, nous progressons à l'envers de l'endroit, mais nous avions prévu l'averse… ".
Ils voulurent donc faire demi-tour. Mais à contre courant il était difficile de remonter la pente en long. Il trouvèrent une bifurcation, puis une tri-furcation. N'arrivant pas à se décider sur la direction à prendre ou à laisser, Riton proposa de trancher dans le vif, ce qu'ils firent douloureusement. Chacun, amputé des deux autres membres, partit de son côté pour chercher une issue. Marius eu de la chance, après plusieurs jours déboucha au 51 de l'impasse bis du vieux port à Marseille. Dans sa cavale, on peut dire que Marius décrocha le César ! Lorsqu'il arriva dans le château de sa mère, il l'avait de la barbe sous les narines. Ses tribulations n'avaient pas fait la gloire de son père qui était mort de chagrin le coeur fendu en pleine partie de pelote et repelote basse
Riton tourna longtemps en rond et dérapa beaucoup avant de trouver un débouché sur le harem d'un émir affable. Ce dernier, qui était abonné à la gazette de LiLi, reconnu tout de suite le casseur de l'oncle Tom pour lequel il avait nourri une admiration sans borgne. Il proposa à Riton six de ses femmes (une par jour...) et son unique eunuque au cas où Riton soit auto-réversible pour le dit manche. Comme Riton n'aimait pas les ambres couilles, il resta six jours histoire de s'offrir du beau temps et repartit le septième jour avec l'argent trié de l'émir.
Arthur ne rencontra aucune indienne avant sa sortie dans un cinéma du quartier latin. Il était tant pour lui de changer de vie d'autant plus qu'il avait maintenant Inter, Paul de son prénom, l'inspecteur, à qui on avait chargé de la quête des trois évasés, à ses trousses. Paul Inter était réputé dans la profession pour avoir punaisé les plus grands resquilleurs sans trop de risques. Arthur dut donc se fondre dans la nasse : il sympathisa avec l'ouvreuse du cinéma, qui aimait qu'on lui déballe ses jolis cônes, ce qu'Arthur fit sans se faire prier et ce, à tous les parfums... Comme le projectionniste était malade, souffrant de débobinade aiguë, la demoiselle proposa les sévices d'Arthur à la patronne du cinoche qui, lors d'une séance privée, accepta de conclure l'affaire en un tour de reins. Arthur pouvait être rassuré : les yeux rivés sur les crans blancs, Inter ne le dénicherait jamais entre un paquet de pop corné et une boîte de caramels mous... Du moins, c'est ce qu'il aspirait lorsqu'il faisait le ménage sans ménagement dans la grande salle noire...
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