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« L’aigre en vert »

Phivinar gratte et Logus Tinien tourne « L’aigre en vert »

 

Tournage 3 : Prise d'O

 

La bande son : Bouffer du vieux de Picard, dis ! La bande des cinés va encore me dire que j'suis bof... Manquerait plus que Leplus me rajoute son biniou... pic ! crack !... ah non, v'là ça recommence ! Je vous préviens : si vous me serinez à coup de sirène, je me laisse bouffer par le DAT et c'est pas le doigté de l'aut'ingénu qui me reprise à chaque prise qui me débobinera, ça c'est sûr ! Il n'est pas doué: hier, j'ai encore tourné toute la nuit... et ma pause à quatre temps, hein ! Déjà que je fais les 3/8...

Malgré la scène de la cène, qui n'est pas pour laper des ménages, et attendant que Leplus soit revenu de sa sortie, toute l'équipe du tournage est clouée par la lecture de l'article que Philvinar, à peine remis de son abattement, a déniché sur le fameux feuilleton du bas canal .

" G. Puretole est le poltron du "Pic Hardy", une vieille péniche (pleine de pleurodèles). D'abord il vit avec toute sa famille, parcourant leurs canaux et leurs effluves au gras déchargements qu'il réussit à obtenir... Tout ce petit monde s'écoule en douze temps. Mais voilà que les bas Telliers dansent nez à nez sous la ceinture... "

Bobby : Rien à voir avec l'original qui glissait aux filles de l'eau en donnant de la sirène le long des berges.

Maria : J'ai bien connu un Conrad Purtol, mécanicien d'eau douce, qui jouait du cornac en uniforme et qui tenait à se livrer, sans partition, aux remous des chats lents.

Phil (banal) : Attendez! Il y a une note de renvoi... L'auteur de l'article précise que la version est sous titrée et que les doubleurs se sont trompés. En fait il aurait fallu lire :

ndr "G. Puretolier est le patron du "Pic Hardy". Une vie de délice, il vit : cador de toutes les femmes libres, parcourant leurs canaux et leurs effluves au gré des charges aimantes qu'il réussit à obtenir ; mais à condition qu'ébats déliés dans ses allées soient tendres et durent."

L'ébaubi : Ca me parait plus ajusté à mon drôle, je m'y retrouve davantage...

Le Galinet : Émois donc!

Maria : Je l'ai bien connu aussi celui là... Je me souviens que ce gars du Pic habilla Louise - ou Lise? ou Lisa?, enfin une copine de charme, élite du couvent... -

Le Galinet : La lilite du couvent ? C'est Mona Esther?

Phil (amène): La Lili de l'étang !? C'est plutôt du genre môme asperge ! Et pas que d'la limonade. Lis-ça!

Il tend au Galinet le livre [1] qui déformait la poche de son poncho Villa [2] . Le Galinet l'agrippe.

Le gars lit (net) : ".../... Buenos Dias Eterovic est le fils d'un étrange Croate venu dans ces terres australes pour construire la première voie ferrée reliant Tortitas à la Louisiane, un caprice enfanté par l'esprit sénile de don Juan de Dios Wayne veuf Silver qui, dans ses vieux jours, s'était amouraché de la photographie d'une chanteuse de blues découverte dans un catalogue de produits vétérinaires. Cet amour, ce noble sentiment qui honore la mémoire du vieil estanciero, vient confirmer la similitude des destins continentaux, ou pour être plus précis, l'enchevêtrement des faits et des événements qui font de notre histoire une sorte de galimatias labyrinthique où la ruse de Thésée, c'est-à-dire le fait d'utiliser une pelote de laine pour retrouver son chemin, ne servirait à rien car il est probable que le Minotaure s'en serait servi pour se tisser un poncho ou de jolies pantoufles à pompons. Votre perspicacité proverbiale doit, je suppose, vous faire sourire, très cher ami, car la chanteuse de la Little Big Blues Band of Louisiana n' était autre que Rosita Hepaminondas, la lilliputienne - à une certaine époque, elle avait exercé, ne l'oublions pas, le métier de courtisane sous le nom de Lili - une diva paraguayenne arrivée sur les rives du Mississippi dans les bagages d'Humberto de las Mercedes Bogart, douillettement installée entre deux pantalons de gaucho de cet énigmatique personnage et les manuscrits et partitions dérobés avant leur fugue à Caïn Grim, cet homme aussi fécond qu'infortuné. Devant de tels exemples de bel canto, il convient de distinguer le Chamamé de l'ego, une remarquable rhapsodie où il décrit sa fascination pour son premier yo-yo, et la Guaracha des absences, une canzonetta consacrée aux vaines tentatives de Panchito Feres pour se faire payer les caleçons de flanelle irrétrécissable et autres sous-vêtements que les irresponsables du coin lui devaient.../..."

L'anémique(revenant du ciné):La Lili, moi j'lai connue autrefois. Et ailleurs d'ailleurs ( L'entré Breton lève l'oreille). Un travesti à moustache (des moustaches à l'hallali) qui beuglait dans le Little Hot Oulipian Original Quartet.Puis il s'en retourne aussi niais.

Luis (qui a bien connu la Maria , un nain pas gnol, un peu bougnoule, un peu bougnat, de passage par là, voit l'acte . Il glisse à l'oreille de Phil) : C'était au Grand Rêve, un bordel ramasse poussière, une boîte en baloche. On l'appelait Miss Anus, la Maria. Rapport à ses selles libataires (et aussi à ses gaz).

Sur ce il détale comme un chien-loup (Anda !) qui a vu l'os oublié.

Maria ( perturbar): Qu'est-ce qu'il viennent faire là ces deux-là ? C'est déjà difficile avec les deux autres. S'il faut maintenant se taper le grand noceur [3] .... La Mona, Lili l'enjôleuse et maintenant Mis Anus qu'à rien à voir avec la femme sans amour que je suis ! La fièvre monte !! Ce n'est plus le bord de Seine, c'est le fleuve de la mort ! Faudrait voir à vous calmer les ambitieux! Pourquoi pas Susana la perverse , la triste Anna ou l'ange exterminateur ? Y a pas à dire ça vous travaille la montée au ciel !

Phil ( à l'épate) : C'est ce qu'on appelle le charme discret de la bourre choisie .

Le Galinet (grippé): Puisqu'on parle d'Ange exterminateur et de bourre choisie , quelqu'un à des nouvelles de la stagiaire ?

Phil (très rouge) : Viridiana ?

Inviolata, integra et casta Maria gratia plena: Pitié pour eux ...

Elle sort de sa poche une petite image pieuse et la pose sur ces lèvres.

L'équipe se disperse dans la nuit...

_________________
[1] Les Pires Contes des frères Grim , Mario Delgado-Aparaim, Luis Sepulveda - Ed. Métailé.

[2] La société Villa commercialise en exclusivité mondiale le célèbre poncho poché. Le célèbre et authentique poncho poché est taillé dans la peau lisse du marsupial patagon. Il faut deux peaux complètes pour un poncho pas chaud. Mais quand on n'a pas le sang chaud, il en faut plus.

[3] "Le grand noceur l'a montée au ciel, une bonne bourre choisie bien lactée dans la voie obscure du désir". Caline Galine (P. 69) , Th.G. - Ed La Raie d'Atlantique.

 
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